En prévision de la sortie du projet de loi no 144, je me suis jointe à Julie du blogue Escargot et coquille pour recueillir et partager des témoignages de familles qui vivent la scolarisation à domicile dans le but de rédiger un mémoire adressé au Ministre de l’éducation, M. Sébastien Proulx. Après un été à rédiger le mémoire, nous l’avons finalement terminé! Pour célébrer le tout, je voulais partager avec vous la préface que j’ai composée pour ce projet.

mémoire projet 144

Préface par Julie R-Bordeleau

Lorsque Julie Duquette m’a contactée afin de rédiger le présent mémoire, j’ai tout de suite accepté. Pour ceux qui me connaissent, l’éducation est un sujet qui me passionne. La preuve, j’ai l’honneur de faire partie du groupe des “100” grâce à mon implication des dernières années dans la communauté. Le présent mémoire est pour moi l’occasion de non seulement sensibiliser les gens à la scolarisation à domicile, cause très chère à mes yeux, mais aussi à l’innovation en éducation. En éduquant leurs enfants hors de la boîte, les parents éducateurs démontrent qu’il est possible d’apprendre en tout temps et en tout lieu en harmonie avec leurs valeurs familiales. Je crois qu’il est primordial de voir ces familles comme des personnes expertes dans un domaine: leur enfant. Peu importe le niveau de scolarité du parent responsable officiellement des apprentissages de son enfant, j’ai constaté que la grande majorité ont la motivation de chercher les ressources et les outils pour amener leur enfant à se développer à leur plein potentiel (axe figurant à la Politique éducative présentée le 21 juin dernier) tout en respectant leurs valeurs familiales et leurs choix de vie familiale.

Personnellement, j’ai moi-même scolarisé mon plus vieux à domicile pendant trois mois cet automne et je dois avouer que ça été un des plus grands défis de ma vie. – Nous allons d’ailleurs revivre l’expérience en famille lors d’un voyage de 5 mois l’an prochain. – Cette expérience m’a permis de vivre les contraintes auxquelles sont confrontés certains parents éducateurs, celles-ci pouvant devenir de véritables défis quotidiens. Malgré les défis, ils choisissent de continuer pour le bien de leur famille. Pour moi, ils sont des modèles à suivre. Ils sont des acteurs de changement très important au sein de notre société, car ils remettent en question les normes que nous nous sommes nous-mêmes imposées au fil du temps. Pour toutes ces raisons, je souhaite les aider tout en informant et en sensibilisant les gens que je rencontre au fait qu’il est possible d’adopter le mode de vie qui convienne le mieux à sa famille autant en éduquant soi-même ses enfants en toute légalité qu’en bénéficiant des services du système scolaire, qu’il soit public, alternatif ou privé.

Mon parcours

Ex-enseignante au secondaire du Québec, j’ai décroché après avoir été déçue par les contraintes du système dans lequel j’avais à enseigner un programme qui avait tant de potentiel à mes yeux. Sortie des bancs d’école, je voyais le Programme de Formation de l’École Québécoise comme l’occasion de permettre aux jeunes de se développer au mieux de leurs aspirations et de leur plein potentiel. Un programme basé sur le développement des compétences transversales et disciplinaires tout en s’inspirant des domaines généraux de formation est un programme qui a un potentiel énorme et idéal à mon sens. Il demande, par contre, une liberté et une flexibilité éducatives très grandes qui, malheureusement, ne sont pas facilitées par les contraintes et les réalités du milieu scolaire actuel.

Lors de mon intégration sur le marché du travail, en 2006,  j’ai bien vite déchanté. J’ai constaté que la mise en place de la réforme n’avait pas été optimale et que beaucoup d’enseignants avaient été échaudés par son implantation. De plus, l’intégration des élèves avec difficultés est venue augmenter leur charge de travail, sans qu’ils soient pour autant outillés pour le faire. Grâce à une équipe d’enseignants très dynamique avec laquelle je collaborais et coopérais très étroitement, j’ai réussi à “survivre” à mes premières années en enseignement. Malgré tout, années après années, je me retrouvais quasi dépressive au fil des saisons et des étapes scolaires. Une tâche de précaire n’est jamais optimale pour les nouveaux enseignants considérant le fait qu’ils ont une identité professionnelle à se construire tout en s’appropriant un programme aussi complexe qu’est le nôtre dans un milieu “qui résiste, encore et toujours, à l’envahisseur”, puisqu’en deuil de son ancien programme. Au final, je n’aurai pas enseigné 5 années scolaires complètes, bien que je ne fasse pas partie des statistiques en raison de mes congés de maternité qui m’ont permis de rester dans le système au-delà de cette période.

Prise de recul face au système scolaire

Avec la naissance de mon premier enfant, en 2010, j’ai eu l’occasion de prendre du recul face à ma place en enseignement et face à ma vision de l’éducation en général. Petit à petit, après un retour à l’enseignement entre mes deux premiers enfants, j’ai réalisé que le milieu scolaire tel qu’il est au secondaire n’était pas pour moi et notre famille. Malgré toute la motivation et la créativité dont je puisse faire preuve pour en faire bénéficier les adolescents, j’ai décidé que je ne retournerais pas enseigner dans de telles conditions. Ma santé mentale m’était trop importante. J’en étais rendue à me sentir comme un pilote automatique en mode survie qui compte ses 32,5 heures par semaine pour ne pas dépasser cette durée. Cette réalité qui n’allait aucunement de pair avec mes valeurs. La passion m’avait tranquillement quittée et c’est à partir de ce moment que ma “déscolarisation” a débuté…

Révélation

Au fil de mes réflexions et discussions avec mon conjoint, j’ai décidé de devenir maman à la maison pour m’occuper de mes enfants (je suis maintenant enceinte de notre 4e) pour leur offrir une petite enfance des plus naturelles qui leur permette “d’être juste des enfants”. La course folle du matin et la routine du soir ne nous convenait pas. De plus, mon conjoint étant militaire, avec toutes les contraintes que ce mode de vie implique, ses absences fréquentes et répétées allaient jouer beaucoup sur notre atmosphère familiale. Notre famille avait besoin donc d’une personne qui assure une certaine stabilité et j’allais tenir ce rôle. Malgré tout, je désirais contribuer à notre revenu familial. En fouillant Internet sur les possibilités d’enseigner à distance ou en ligne, j’ai découvert qu’il était possible d’éduquer soi-même son enfant de manière tout à fait légale. Une grande révélation pour moi qui avait cette croyance qu’il était nécessaire de fréquenter une institution scolaire pour apprendre, dans le sens général du terme.

J’ai donc commencé à m’informer sur le sujet, à faire partie de groupes de discussion grâce aux réseaux sociaux. J’y ai découvert une belle communauté où chaque membre respecte les valeurs et les croyances des autres et n’hésite pas à conseiller et aider les autres. La communauté de “l’école-maison”, pour utiliser le jargon du milieu, est pour moi comme une micro-société où chacun apporte beaucoup à celle-ci par ses couleurs uniques. Comme dans toute communauté, il est certain qu’il arrive qu’il y ait des divergences d’opinions et des anicroches entre certaines personnes, il s’agit là de la démonstration de la passion qui puisse animer ces parents qui désirent tout ce qu’il y a de mieux pour leur enfant.

Acteurs de changement

Ces gens, je les considère comme étant des acteurs de changement qui méritent d’être découvert par les gens du milieu scolaire. Pourquoi? Parce qu’ils osent sortir des sentiers battus, vivre selon leurs convictions et offrir un environnement stimulant et adapté aux besoins de leur progéniture afin qu’ils puissent évoluer vers leurs aspirations. Ils osent remettre en question leurs propres paradigmes et faire des choix éclairés en fonction des besoins et des particularités de leur famille. Chaque parent qui choisit de scolariser son enfant à domicile choisit aussi de  faire un gros travail sur lui-même:

  • Celui de se questionner sans cesse;
  • Celui de s’informer auprès de sa communauté;
  • Celui de chercher à toujours faire mieux en suivant son coeur et en faisant confiance à son enfant en tant qu’apprenant et qu’individu à part entière;
  • Celui de mettre de côté certaines de ses aspirations personnelles et/ou professionnelles pour offrir le meilleur de lui-même à son enfant;
  • etc.

Exemples concrets pouvant inspirer le milieu scolaire

Beaucoup de parents qui scolarisent leur enfant à domicile pratiquent le parentage proximal, la bienveillance, le jeu et les apprentissages libres, l’écologie de l’enfance, etc. Ces concepts émergents, voire marginaux, dans notre société peuvent à premier abord nous confronter avec nos propres croyances. Notre première réaction, et je m’inclus dans ce processus car c’est ce que j’ai vécu au départ, peut alors être de se fermer et de refuser cette confrontation déstabilisante qui vient créer chez nous un conflit cognitif digne de ce nom. Vient alors le choix de s’ouvrir ou non à cette nouvelle réalité qui, potentiellement, peut nous apporter beaucoup. S’y intéresser? L’ignorer? Personnellement, après un second regard ainsi que la remise en question de mes propres paradigmes, j’ai choisi de m’y intéresser et de poursuivre mes recherches sur les nouveautés éducatives que j’ai découvertes. * À noter que je suis très heureuse que la notion de bienveillance figure à la première Politique pour la réussite éducative. Pour moi, il s’agit d’une valeur très importante à faire valoir dans le milieu éducationnel.

Je crois que nous pouvons apprendre beaucoup des gens autour de nous. Par le socioconstructivisme, il est possible de créer de belles choses au-delà de ce que nous aurions pu créer seuls. Pour cela, il est primordial de regarder ce qui se fait dans différents domaines et d’utiliser les aspects les plus pertinents concernant notre problématique pour proposer une solution originale, adaptée et respectueuse. Cette philosophie va d’ailleurs dans le même sens de ce qui est mis en place par le Ministère avec les consultations publiques tenues l’an dernier ainsi qu’avec les projets du Lab-école et du groupe des “100” en cours. Je crois que c’est grâce à une loi qui permette aux gens qui font la scolarisation à domicile de jouir d’une expérience enrichissante et respectueuse de leurs valeurs et de leurs croyances que, petit à petit, notre société changera. Selon moi, ce sont ceux qui sont en train de tracer un chemin hors des sentiers battus, peu importe leur occupation, qui amèneront une graduelle prise de conscience générale quant aux paradigmes sociétaires malheureusement bien ancrés qui auraient intérêt à être reconsidérés. C’est par leurs succès que nous verrons que l’innovation en éducation est la solution à bien des défis auxquels fait face le système actuel, allant du décrochage scolaire, de l’augmentation des difficultés d’apprentissages et de comportements des élèves jusqu’aux problèmes d’anxiété et de santé mentale dont font preuve beaucoup trop d’adultes de demain.

Vous avez envie de consulter ce mémoire en entier? Il est possible de le consulter ICI.

 

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