Dans le cadre d’un projet commun initié par Julie Duquette avec ma collaboration , il a été demandé aux parents éducateurs de se joindre à nous afin de témoigner de leurs expériences de scolarisation à domicile. Le thème proposé traite de ce que la scolarisation à domicile représente pour nous (notre famille, nos enfants), de ce que cela nous apporte et de comment nous la vivons au quotidien. Il est possible de trouver l’article à l’origine du projet sur cette page.

Aujourd’hui, je vous présente le témoignage de Christine Gauthier, maman éducatrice d’expérience, pilière dans la communauté de la région de l’Outaouais.

christine gauthier

Par Christine Gauthier

Cela fait plus de 20 ans que nous nous sommes lancés dans l’aventure de l’école à la maison.  Nous avons  cinq enfants âgés de 10-17-20-22 et  24 ans. Nous vivons en Outaouais.

Tout à commencé parce que notre aînée aurait dû faire partie de la première cohorte de maternelle à plein temps. Or, elle dormait encore tous les après-midi. Nous avons donc décidé de ‘retarder’ l’entrée scolaire. Qui aurait pu imaginer que 20 ans plus tard nous serions encore engagés à fond dans une éducation hors des murs.

Bien sûr au début on m’a parlé de socialisation, de légalités, etc. J’ai donc créé le groupe de soutien de ma région, qui compte à ce jour plus de 300 familles.

Côté socialisation, c’est un faux problème soulevé par des gens qui n’ont aucune idée de notre réalité.  Nos jeunes interagissent avec des personnes de tous âges au quotidien. En Outaouais, nous organisons un expo-sciences annuel depuis 17 ans, nous y avons ajouté un expo géo-histoire en 2005, sans parler de la participation des jeunes d’école maison à l’expo de Patrimoine Ottawa. Nous avons des olympiques coopératives annuelles depuis plus de 10 ans, de très nombreuses sorties au théâtre, au concert, au ballet, un club d’échec; des randonnées organisées dans la parc de la Gatineau et nous exploitons à fond les petits et grands musées de notre région. Nous avons également l’immense privilège d’avoir des ateliers de philosophie pour enfant de 9 à 12 ans et pour les adolescents avec des professeurs du Collège universitaire dominicain d’Ottawa.  Nous organisons des ateliers scientifiques et artistiques avec des scientifiques et des artistes de notre région. Nous participons annuellement au salon du livre. Sans oublier toutes les activités sportives que nous organisons annuellement,  etc.

Sur le plan personnel, j’ai organisé une troupe de théâtre pour adolescents pendant de nombreuses années, des ateliers d’écriture créative, des camps scientifiques, d’été et d’hiver pour tous les âges. Ajoutez-y l’engagement communautaire familial, les scouts, le conservatoire. Bref côté socialisation, je ne suis franchement pas inquiète.

Aujourd’hui, j’ai quatre enfants à l’université (tous éduqués complètement à la maison au primaire et au secondaire), dont une à Aberdeen en Écosse avec une bourse complète pour son doctorat en philosophie et santé mentale, un qui termine sa thèse de maîtrise  dans quelques semaines, la troisième qui termine son bac summa cum laude et le quatrième de 17 ans qui  fait son certificat en philosophie à l’université  tout en poursuivant son niveau intermédiaire en violoncelle au conservatoire. Les  trois premiers ont tous reçu la bourse du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. Alors côté académique, je ne suis pas inquiète non plus.

Choisir de prendre en main l’éducation et l’instruction de nos enfants a été et reste la plus belle aventure que nous ayons entreprise. Bien sûr, il y a eu de nombreux moments de doutes et  des remises en question. Après tout, on désirait le succès de chacun de nos enfants et les chemins pour y parvenir sont différents. On voulait également que nos enfants aient la possibilité de choisir leur avenir; il fallait donc bien les outiller.

J’avoue que je ne me suis pas préoccupée du curriculum québécois avant qu’il ne s’agisse de passer les examens pour le secondaire 4 et 5. Bien sûr nous avons fait des maths, de l’histoire, des sciences, des laboratoires, etc. mais à notre manière, avec nos ressources, à notre rythme.  La préparation des examens pour le DES a littéralement mis un frein à notre liberté d’apprentissage et cela a apporté énormément de stress pour toute la famille. En outre, je me suis heurtée à l’incompréhension et la mauvaise volonté de la commission scolaire. Je dois dire toutefois que le personnel de l’école de quartier a été aidant malgré leurs nombreuses contraintes.  À mes yeux, il n’existe à ce jour aucun avantage à être en relation avec une  CS.

Après avoir dû me battre pour que la CS accepte d’évaluer pour l’ensemble du DES mon deuxième et suite aux difficultés rencontrées, lorsque le tour de ma troisième est venu, j’ai décidé carrément de contourner le DES. Ma troisième et mon quatrième sont entrés à l’université en Ontario sans un DES et ils ont extrêmement bien réussi.  Pour moi, c’est un immense soulagement et beaucoup moins de stress d’être libéré des contraintes de l’obtention du DES pour un jeune hors système, et ce, sans que l’avenir de mes enfants en  soient compromis d’aucune façon. Au contraire, ils sont plus que gagnants (et moi aussi en qualité de vie).

Faire l’éducation à la maison c’est avoir l’immense privilège de choisir les ressources que nous utilisons y compris les musées, les voyages, les amis passionnés de leur métier.  De plus, nous utilisons des ressources qui viennent du Québec, des autres provinces canadiennes, d’Europe et d’Asie. Je n’ai enseigné qu’en français mais nous avons quand même appris trois langues.  Pour ceux que cela  inquièterait, nous avons quand même fait les mathématiques et les sciences enrichis et côté histoire, nous avons largement dépassé ce qui est requis par le curriculum québécois. Côté culture générale, l’éducation à domicile reste imbattable.

Faire l’école-maison c’est aussi pouvoir gérer son temps et surtout ne pas perdre son temps; c’est apprendre partout, en tout temps, en tous lieux. Cela ouvre aussi la porte à une autonomie progressive et plus confiante parce que bien accompagnée au quotidien.

Apprendre hors les murs c’est littéralement découvrir le monde, nourrir sa curiosité, chercher ses réponses et le faire pour soi  et non pas pour une évaluation quelconque; c’est construire son savoir à son  propre rythme. Pour nous, cela a été aussi la recherche de l’excellence, la découverte de la satisfaction du travail bien fait et le développement  d’une bonne éthique de travail.

Ce que cela nous a apporté est incommensurable: le temps passé en famille, les interactions quotidiennes avec les frères et sœurs; les voyages; la liberté d’aller vivre à l’étranger pendant quatre ans, la participation active à la construction de notre maison, la joie de vivre de mes enfants et les liens d’amitié qu’ils ont développés entre eux,  etc. L’école maison cela permet de tisser des liens familiaux très serrés.

Nous avons également fait le choix de l’apprentissage d’un instrument de musique pour chacun de nos enfants et cela s’est révélé une des meilleures décisions pour notre famille.  Les cinq enfants sont allés au conservatoire et deux y étudient encore. La culture musicale et artistique qu’ils y ont acquise  est extraordinaire. L’apprentissage d’un instrument  a apporté  beaucoup de discipline, de sens de l’effort,  de travail d’équipe et un sentiment d’accomplissement. La musique, cela rend la vie belle.

Éduquer nos enfants c’est aussi les ouvrir au monde et leur en faire apprécier toutes les beautés possibles et les accompagner dans les moments plus difficiles afin qu’ils ne soient pas seuls face à l’abus, la violence, la maladie.

Je pourrais dire tant d’autres choses, mais j’aimerais seulement ajouter que l’école à la maison ne se résume pas à une manière de faire, chaque famille est unique et  que l’école à la maison ce n’est pas de la non fréquentation scolaire; nous ne sommes pas des délinquants qu’on doit faire rentrer dans les rangs.

Avant toute chose, l’école à la maison ce sont des familles qui recherchent ce qu’il y a de mieux pour leurs enfants. Certaines sont mieux outillées que d’autres mais l’amour qu’elles portent à leurs enfants leur font rechercher les ressources qu’elles n’ont pas. Il faut leur faire confiance.

L’école à la maison est constituée de plusieurs réseaux et elle se nourrit de solidarité. Elle offre des alternatives positives au système scolaire qui peine à trouver sa  manière de faire dans un monde en constantes transformations.

Quant à nous, cela nous a permis, malgré l’immense investissement en temps et en argent, de nous réapproprier notre vie tant personnelle que familiale.

Devoir nous plier aux trop nombreuses contraintes actuelles des commissions scolaires  couperait les ailes au mouvement d’éducation à la maison et cela mettrait tellement de contraintes aux familles que le fardeau deviendrait trop lourd. Toute la beauté de l’apprentissage autrement risquerait de disparaître.  Plusieurs chemins mènent à Rome. Nous sommes très nombreux à l’avoir démontré. Les familles ne sont pas des employés de l’état et ne devraient pas être soumis aux règles que l’on impose aux professeurs. Assujettir notre droit d’assumer l’éducation de nos enfants à de trop nombreuses règles reviendrait à nous en priver.

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