Ce soir, j’ai envie de revenir sur mon passé d’enseignante. Voilà déjà 10 ans que j’ai terminé mes études. Sur ce, j’en ai travaillé moins de cinq considérant mes congés de maternité et mon retour aux études… Je ne fais pas partie du 20 % de ceux qui lâcheront la profession puisse que avec mes congés de maternité j’ai étiré la sauce au-delà de cette période.

vraie prof

Au fond de moi, depuis que j’ai terminé mon bac en enseignement, je n’ai jamais été convaincue que j’étais une prof, une vraie. En fait, même lors de mon dernier stage je savais qu’il me manquait quelque chose pour arriver à me considérer comme faisant partie de la profession. Mon choix, je l’ai fait parce que je voulais être prof de biologie de 3: la matière que j’aimais plus. Avec la réforme du PFEQ, j’ai dû me faire à l’idée que j’allais enseigner la physique, la chimie l’écologie, etc.

Deuil d’une école tant aimé en tant qu’élève

J’ai dû alors faire un deuil: celui de ne pas faire exactement ce que voulais.  Je savais que je voulais travailler avec les ados et je savais que je voulais faire la bio. Je savais aussi que je ne voulais pas enseigner toutes les sciences: surtout la physique qui me parlait beaucoup moins. J’ai réalisé aussi en commençant travailler qu’une fille de 24 ans qui enseigne à des jeunes de 15 ans, ce n’est pas la tâche la plus facile.  Essayer d’avoir de l’autorité, d’être le leader du groupe auquel on exige le respect est difficile. Dans le milieu de l’enseignement, on demande aux enseignants d’amener les jeunes vers des apprentissages spécifiques, dictés par le programme. Au secondaire, beaucoup sont désabusés du système et commencent à comprendre que l’important c’est pas déranger de faire le minimum: faire son temps quoi… Ils vont réussir à passer d’une année à l’autre en faisant le minimum.

Constat désolant

Grande partie de nos ados font leur temps en classe pour être évaluer et finalement recevoir un papier qui n’est pas plus signifiant pour eux qu’un certificat de participation…

Ce constat, c’est ce qui m’a fait décroché. Pour beaucoup, l’école à 15 ans veut dire de s’asseoir à sa place, de se taire et de faire ce qui est demandé sans déranger…

Moi qui avait adoré à aller à l’école, apprendre de tout, avoir des bonnes notes (et oui, j’étais du genre « élève  modèle »…), moi qui se sentais bien dans une école, moi qui s’impliquais hors des heures de classe en faisant du sport, de la musique, … j’ai vu dans les yeux de ces jeunes, qui normalement devraient être plein de vie, l’ennui, l’obligation, le mal être, le désintérêt.

Beaucoup à 15 ans, sont dans cette période où ils se cherchent, où ils changent et se transforment petit à petit en adultes. Oui, il est normal qu’ils vivent cette période, mais en quoi l’école et son programme les aide à traverser cette étape? Je me le demande. Les cours de développement personnel ont disparu. Ceux de l’éducation sexuelle tendent à revenir tranquillement. Ce qu’il y a de plus naturel dans la sexualité est désormais devenu tabou. Les jeunes sont laissés à eux-mêmes sans modèle, sans guide, sans mentor autre que ces images parfaites et hypersexualisées auxquelles ils sont soumis sur internet, à la télévision et dans les publicités.

En même temps, c’est à cet âge que les ados doivent penser à ce qu’ils désirent faire plus tard, pour subvenir à leurs besoins. Choisir la profession qui leur conviendra, peut-être… pratiquement aucun moment ne leur est octroyé en contexte scolaire pour les amener à réfléchir à ce qui leur convient. Certes, il y a l’approche orientante, mais elle n’est pas partout. Étant adulte, j’ai de la difficulté à savoir ce dont j’ai besoin et ce qui m’intéresse. Je n’ose pas me replonger à cet âge où je me cherchais tellement!

Donc j’ai enseigné, j’ai essayé. J’étais brûlée en décembre. J’étais brûlée en février. J’étais presque brûlée en fin d’année. Une chance que le soleil était là pour nous aider. À chaque année c’était toujours le même cycle. J’avais mon conjoint pour me faire remarquer que la même chose s’était produite l’année précédente. Petit à petit, j’ai décroché. Comme ces ados qui ont compris que le système été fait pour « rester assis et ne pas déranger » afin de passer au travers sans trop d’efforts, j’ai décidé de faire comme la majorité des enseignants au secondaire… de devenir fonctionnaire. J’ai décidé de ne plus ramener de travail à la maison, de faire le minimum. J’ai donc diminuer le nombre d’activités originales et créatives que je mettais en place… l’innovation ne faisait plus partie de ma pratique, car je désirais ménager mon niveau d’énergie qui diminuait au fur et à mesure de la progression de l’année scolaire.

Un recul nécessaire et déstabilisant

Grâce à mes congés de maternité et un déménagement en Ontario, j’ai eu l’occasion d’avoir du temps pour penser, prendre du recul et remettre en question mon choix de carrière. Réfléchir à  ce que je désire faire pour essayer de me trouver. De revoir aussi ce qui me convenait pas dans ce travail.  Pourquoi jamais je ne me suis sentie vraiment à ma place à l’avant d’une classe.

Je me suis demandé: Est-ce que j’ai fait le bon choix? À quoi mes études dans l’enseignement m’ont servi alors que maintenant je suis maman à la maison? À quoi bon avoir fait 4 ans à l’université pour me rendre compte que je suis capable d’apprendre de tout grâce à Internet, à mes recherches personnes et aux personnes qui croisent ma route?

Je me suis remémoré certains commentaires de mes élèves, qui ont ont été des guides en quelque sorte. Un de ceux-ci, m’a demandé: pourquoi vous n’êtes pas TS Madame? Des fois, je me demande s’il a raison. Une autre élève à qui j’ai enseigné le français, alors que je suis prof de sciences, m’a dit en fin d’année: « C’était l’fun Madame, même si c’était plus un cours de communication qu’un cours de français. »

Réaliser la nécessité de changer l’intérieur de la boîte

Tranquillement, j’ai réalisé que rien n’arrive pour rien. Je me devais de vivre le système sous toutes ses facettes et m’y retirer pour découvrir ces gens si inspirant qui, malgré la rigidité de la boîte, osent innover, osent la délinquance professionnelle, osent suivre leur coeur tout simplement.

J’ai tenté l’expérience de la scolarisation à domicile cet automne pour vivre la liberté qu’elle permettait à notre famille, pour avoir davantage de temps de famille avec papa (papa est militaire et travaille présentement à Kingston depuis le mois d’août…). J’ai appris beaucoup lors de cette aventure et j’espère bien qu’un jour l’occasion se représente pour nous.

À l’occasion, je me demande quel genre d’enseignante en établissement je serais… Mais je sais que malheureusement, si j’y retournais, le temps me manquerait pour vraiment innover et créer un environnement d’apprentissage qui me ressemble: créatif et collaboratif où l’apprenant est engagé et mise sur lui-même. Comme Corinne Gilbert l’a si bien dit, lors de son atelier Bootcamp de créaCtivité: « Pour créer, on a besoin de temps ». Malheureusement, avec les contraintes du système, surtout au secondaire, je ne crois pas que j’aurais le temps nécessaire pour créer quelque chose qui soit à la hauteur de mes espérances.

Je préfère donc continuer ma voie hors de la boîte, à enseigner en ligne, bloguer, aider les gens qui scolarisent leur enfants à domicile, échanger avec ces passionnés d’éducation qui osent changer les choses ainsi qu’éduquer mes merveilleux enfants d’âge préscolaire moi-même en suivant le rythme naturel d’apprentissage. Qu’est-ce que l’avenir me réserve? J’en ai aucune idée! Et c’est correct ainsi.

Un vent de changement

Une chose est certaine, c’est que j’ai espoir que l’École change à un point tel qu’elle deviendra un endroit accueillant et ensoleillé favorisant le développement des jeunes. Pour cela, il faut un grand changement tant au sein du milieu qu’au sein de la société québécoise toute entière… je sens que ce vent de changement se lève peu peu à peu. En espérant qu’il soit assez fort pour emporter les irréductibles sur sont passage pour le bien des générations futures.

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2 réflexions sur “Lettre d’opinion: Et si je vous disais que je ne me suis jamais considérée comme une vraie prof?

  1. Je partage tes espoirs de changement et même une bonne partie de tes réflexions…
    Quant à la nécessité de choisir son avenir à 15 ans, il y a beaucoup à dire. Pour évoluer dans les sphères non scos depuis plus de 10 ans, pour avoir beaucoup échangé et cherché, je constate que les jeunes qui ont grandi sans école connaissent souvent une évolution différente des jeunes scolarisés. Ainsi, à 15 ans, il n’est pas rare qu’ils ralentissent et qu’ils choisissent ensuite une voie dans laquelle ils s’engagent totalement !
    Il serait temps de ré-apprendre à faire confiance à nos jeunes. 🙂
    Bonne journée !

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